Debout sur le muret. Pas plus haut, pas moins.

Homme de profil debout sur un mur dans une cité, avec lampadaire et immeubles en arrière-plan.

À la cité, on monte sur tout ce qui dépasse. Un muret, une rambarde, un capot, une borne — n’importe quoi qui décolle du sol. Pas pour être au-dessus de quelqu’un. Pour être un peu moins dedans. Quelques centimètres au-dessus du bitume, et déjà la perspective change. On voit la rue autrement. On se voit autrement.
Lui, il est en silhouette. Les mains posées, le corps droit, la tête tournée vers le lampadaire qui crève la nuit comme un soleil mal placé. Derrière, les blocs veillent. Les arbres nus laissent passer la lumière sans la filtrer. Tout est tranchant — la lampe, les branches, la posture. Rien n’arrondit la scène.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on grandit en regardant la lumière des autres briller en face. On apprend très tôt à se demander si on aura un jour la nôtre — ou si on restera spectateur du lampadaire qui éclaire la rue de quelqu’un d’autre. Monter sur le muret, ce n’est pas se grandir. C’est se rappeler qu’on existe à hauteur d’homme, debout, dans ce paysage qui n’a pas été dessiné pour qu’on s’y tienne droit.

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