Madou Daraamé

Là où je suis. Là d’où je viens.

Photographe indépendant, vendeur d'art, du #com de la #frappe et du #seum

Là où je suis. Là d’où je viens.

À travers mes images, c’est ma vie, mon identité – composite, hybride, complexe – que je cartographie. Une réécriture permanente de ce qui me définit. Tout l’enjeu est là :  Se réapproprier ma propre histoire pour au final, gagner ma propre liberté. 

Le mouvement de va-et-vient est déterminant dans mon parcours et mon travail photographique. Il fait surgir des questions identitaires en lien avec le pays où je suis né et cette terre lointaine dont je suis issu qui est la source originelle de mon identité, à la fois point de départ et de retour, un jour peut-être. Ces pays, je le sens vibrer en moi, couler en moi, dans chacune de mes veines. Des veines semblables aux traces que laissent les fleuves dans le paysage qu’ils redessinent sans cesse au fil du temps.

 J’ai besoin de ces allers-retours pour comprendre la place que j’occupe en tant qu’être humain dans le monde et dans le temps long de l’histoire. Je connais trop peu de choses sur les origines de ma  famille , trop peu de choses sur l’Afrique. A l’école, pas un mot sur l’histoire de l’Afrique et sur ses liens avec la France. Comme si le fil des transmissions était rompu et je ressens aujourd’hui la nécessité de retisser tous ces fils.  Toutes ces recherches font de moi ce que je suis aujourd’hui. 

Je vous présente des travaux récents autour de la vie nocturne entre la France et le Sénégal comme Un palimpseste qui témoigne de mes allers-retours entre les deux cultures qui façonnent ma vie. Mes rencontres nocturnes dans tous les pays sont à l’origine de ma liberté et de mon envie de photographier.

La nuit, ici et là-bas, favorise tous les dialogues.

L.O.S [ Là où je suis ]

Le territoire de la Seine-Saint-Denis est le département où je suis né et où j’ai grandi. C’est ici que j’ai commencé à me questionner sur mon identité et celle des personnes qui
m’entourent. Ce département nourrit constamment mes interrogations sur l’histoire de mon
pays et celle du monde entier. Il me fascine par sa diversité culturelle et sociale, ses défis et ses échecs, mais aussi par ses perspectives d’avenir prometteuses.

Ces travaux ont débuté il y a une dizaine d’années. Les premiers chapitres Z.U.P et L.S.B questionnaient l’enfermement de la banlieue. Ils venaient interroger l’enfermement dans les têtes, mais aussi l’empêchement de bouger d’un lieu. En faisant ce premier travail, j’ai pris conscience que peu de récits de soi circulaient entre les personnes photographiées et moi-même.

R.U.E découle de ce constat. dans ce nouveau chapitre, je construis avec les
personnes photographiées, un récit de soi. Chaque personne se racontent en m’invitant dans
une rue, un lieu avec lequel il a un lien fort, un passif, une histoire à raconter. Ensemble, nous composons la photographie.

Là où je suis est un chapitre d’ouverture et de circulations grâce auquel je découvre des lieux du département que je ne connaissais pas. Je découvre également Paris, ville qui m’inspirait peu jusque-là, peut-être pris moi-même dans cet empêchement de bouger vers la ville-capitale.

 

 

L.O.V [ Là d’où je viens]

Pour m’intégrer au Sénégal que je ne connaissais pas, je me suis assis et j’ai regardé les
gens aller et venir. Un jour des filles de mon âge m’ont posé des questions sur le bord de la
route. « Je viens de France » ai-je dit. Ce jour -là, je portais le même boubou depuis quatre
jours, j’étais un peu négligé. Elles ne m’ont pas cru. Là-bas, ceux qui arrivent de France
sont « cramés » c’est-à-dire repérables à des kilomètres. Les petits Sénégalais de France ont
été élevés au lait maternisé tandis que les petits Africains sont élevés au sein de leur mère
ce qui leur vaut de jouir d’une certaine supériorité sur les premiers.

Je croyais que j’étais Africain. Là-bas, on m’a vite fait comprendre que non. Je me suis créé
une sorte de bulle dans laquelle je me suis enfermé car je ne savais plus si j’étais Français
ou Sénégalais.

Ces deux mondes sont- ils irréductiblement opposés ? J’ai besoin de ces allers-retours pour comprendre la place que j’occupe en tant qu’être humain dans le monde et dans le temps long de l’histoire. Je connais trop peu de choses sur les origines de ma famille , trop peu de choses sur l’Afrique. A l’école, pas un mot sur l’histoire de l’Afrique et sur ses liens avec la France.

Les nuits d’Afrique, elles, sont habitées par les esprits, appartiennent au monde de
l’invisible, à celui de la religion et des djinns. Là-bas, dans l’obscurité, encore aujourd’hui il ne vaut mieux pas passer sous un arbre.