Le bus ne vient pas. L’affiche ne s’éteint pas.

Jeunes hommes posant à un arrêt de bus éclairé dans une cité, la nuit.

À la cité, on attend le bus à un arrêt qui s’appelle Saint Paul. Personne ne s’arrête sur le nom — on est trop occupés à regarder ailleurs. L’affiche fait son travail : un corps, une plage, du sucre. La ville fait le sien : pas de plage, pas de sucre, pas de bus. Et on reste là, à trois, à se partager une boîte de pizza posée par terre comme une offrande qu’on n’a pas commandée.
Le néon de l’abribus éclaire mieux que les lampadaires. Forcément — c’est pas la rue qu’on veut nous montrer, c’est ce qu’on doit vouloir. Un regarde l’affiche, un baisse la tête dans la capuche, un fait face. Trois manières d’attendre la même chose. Trois manières de ne pas la nommer.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on grandit avec une promesse imprimée à hauteur de visage et un vrai sol sous les pieds. On apprend tôt à vivre dans l’écart. Le problème c’est pas qu’ils nous mentent. C’est qu’on a fini par attendre à côté du mensonge comme s’il faisait partie du décor.

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