Les lampes veillent. Personne ne passe.

À la cité, on apprend à reconnaître les grilles qui ne ferment plus. Celle-ci, on est passé à travers cent fois — pliée, forcée, jamais réparée. Derrière, les garages tiennent encore : portes baissées, cadenas en place. Comme si ce qui valait la peine d’être verrouillé n’était plus dans la maison, mais dans le box.
Au-dessus, deux lampes brûlent en étoiles. Elles éclairent pour personne. Le règlement veut qu’on allume — personne ne dit qu’on regarde. Alors la lumière fait son travail, seule, et la nuit fait le sien : elle empile les feuilles, elle dépose la pluie, elle laisse la grille pendre.
Photographier ça, c’est nommer ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on s’habitue aux dispositifs qui veillent à vide. Ce qu’on protège, ce n’est pas ce qu’on garde — c’est ce qu’on a fini par accepter de perdre.

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