À la cité, on jette ce qui pèse. Le fauteuil, l’usage, la mémoire. On le porte jusqu’à la lisière, là où le bois commence et où le foyer s’arrête — parce qu’on ne sait plus où le mettre, parce qu’il prend trop de place dans ce qu’on est devenu.
La forêt recueille ce que l’appartement ne sait plus tenir. Derrière, les fenêtres des tours tremblent dans la nuit, vivantes, allumées, indifférentes. Le fauteuil, lui, ne bouge pas. Il garde la pose d’un trône que personne n’occupe plus.
Photographier cette scène, c’est nommer ce qu’on traverse sans le dire. Dans la ZUP, on apprend tôt à abandonner ce qui pèse. Mais ce qu’on abandonne ne disparaît jamais vraiment — ça s’assoit quelque part, à la lisière du regard, et ça attend.
