À la cité, on apprend à voir double. Dans le rétro, mon visage. Derrière la vitre, le sien. Lui me tourne le dos, et c’est moi qui le porte. Lui marche dans la rue, et c’est moi qui ne bouge pas. Le miroir ne sépare rien — il superpose. Ce qu’il vit, je le sais. Ce que je vois, il l’ignore.
La nuit avale les contours, mais elle dessine les liens. Le blouson devant, le bonnet derrière, la même peau, la même heure, la même rue. On dirait deux frères que la vitre a coupés en deux — un qui regarde, un qui avance. Aucun des deux ne choisit.
Photographier ça, c’est nommer ce qu’on traverse sans le dire. Dans la ZUP, on est rarement seul dans son cadre. Il y a toujours un autre soi qui passe derrière — un frère, un cousin, un voisin, un avenir possible. On ne sait jamais lequel des deux on est en train de devenir.
