À la cité, on connaît ces bouts de terrain. Une parcelle oubliée entre la grille et le bâtiment, un carré que personne n’entretient parce que personne ne le réclame. Les herbes y montent à hauteur d’homme. Les ronces tiennent le sol. Le lampadaire fait son travail au-dessus comme s’il y avait encore quelque chose à éclairer.
Et il y a quelque chose, justement. Pas grand-chose, mais quelque chose. La nature reprend ce que le bitume a oublié de couvrir. Pas en force — en patience. Pendant qu’on dort dans les blocs, pendant qu’on roule sur la route d’à côté, les tiges poussent, les graines tombent, les saisons font leur cycle sans demander la permission au plan d’urbanisme.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on a appris à confondre négligé et abandonné. Pourtant ce terrain-là n’est pas mort — il est juste laissé tranquille. Et c’est dans ces zones-là, celles que plus personne ne regarde, que la vie revient en premier. Faudrait peut-être qu’on apprenne à regarder ce qui pousse derrière la grille au lieu de toujours fixer le lampadaire.
