Elle pousse là où personne ne s’arrête.

Fleur poussant au bord d’une route, avec traces lumineuses de voitures.

À la cité, on apprend à mesurer la vie à ce qu’elle traverse. Sur le bas-côté, une fleur. Derrière elle, les phares filent en lignes blanches — quelqu’un va quelque part, quelqu’un rentre, quelqu’un fuit. Elle, non. Elle est à son endroit. Elle ne court pas après la lumière, elle attend la sienne.
La route n’a pas été tracée pour elle. Le bitume, le rail, le lampadaire, tout dit : passe, ne reste pas. Et pourtant elle est là — entre deux fissures, dans la gravelle, dans ce que personne n’a prévu. Une présence minuscule que la vitesse n’a pas vue.
Photographier ça, c’est nommer ce qu’on traverse sans le dire. Dans la ZUP, on grandit là où rien n’a été planté pour nous. On apprend tôt que la dignité ne demande pas l’autorisation du sol. Elle pousse quand même. Elle tient le bord. Elle regarde passer les phares sans baisser la tige.

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