À la cité, on connaît ces troncs couchés. On les a coupés pour des raisons qu’on n’a pas demandées — sécurité, élagage, chantier qui n’a jamais commencé. Les arbres sont restés là, par terre, à pourrir lentement entre les blocs. Personne ne les emporte. Personne ne les remplace. Ils deviennent des bancs par défaut.
Lui, il est assis dessus. Capuche relevée, le visage éclairé par l’écran du téléphone — la seule lumière qui veut bien tomber sur lui. Derrière, les façades veillent comme toujours, indifférentes. Les arbres encore debout lèvent leurs branches nues vers le ciel comme s’ils demandaient des comptes à quelqu’un. Personne ne répond.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on s’installe sur ce qui est tombé parce qu’on n’a pas eu droit à mieux. Un tronc abattu fait office de banc. Une cage d’escalier fait office de salon. Un arrêt de bus fait office de point de rendez-vous. On apprend à habiter ce qui n’a pas été pensé pour nous accueillir. Et quand on s’assoit, on regarde l’écran — parce que le paysage, lui, on le connaît trop pour avoir besoin de le voir.
