L’écran éclaire. Les mains travaillent.

Gros plan noir et blanc de mains roulant un joint à la lumière d’un téléphone.

À la cité, on apprend à s’éclairer avec ce qu’on a. Pas de lampe, pas de plafonnier — l’écran du téléphone fait l’affaire. On le tient au-dessus des mains comme on tenait une bougie autrefois. La technologie ne change rien au geste : c’est toujours quelqu’un qui veille pendant qu’un autre fabrique.
Les mains parlent toutes seules. Elles savent. Personne ne leur a montré, elles ont appris en regardant. Une feuille, un filtre, ce qu’il faut, ce qui suffit. Le visage est hors-champ — on ne photographie pas l’homme, on photographie ce qu’il fait. La cité a ses gestes. Ils se transmettent sans qu’on en parle, comme un héritage qu’on ne discute pas.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on a des rituels qui ne demandent rien à personne. Pas de cérémonie, pas de témoin, juste deux mains et un peu de lumière empruntée. On ne va pas mentir là-dessus : on sait ce qui s’enroule, on sait ce qui s’allume après. Mais on sait aussi que c’est dans ces minutes-là qu’on se parle vraiment, qu’on respire, qu’on tient ensemble. La cité ne dort pas. Elle se prépare doucement, à la lumière de ce qu’on a sous la main.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *