À la cité, on connaît tous une butte. Un talus, un toit de parking, un bout de colline derrière les blocs — un endroit où on monte pour prendre du recul sans vraiment partir. C’est le balcon des gens qui n’en ont pas. On y va seul, le soir, quand on a besoin de voir la cité de plus haut que d’elle-même.
Lui, il est là-haut. Silhouette nette dans les arbres, mains dans les poches, la cité qui scintille en bas à travers les branches. Il regarde son monde comme on regarde un feu de camp — sans bouger, sans rien dire, juste pour que ça brûle devant les yeux. La nuit nettoie le bruit. Les lampadaires deviennent des étoiles posées trop bas. Tout devient supportable, vu d’ici.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on monte sur les hauteurs pour respirer, pas pour fuir. On sait qu’on redescendra. On sait que la cité nous reprendra dès qu’on aura remis le pied au sol. Mais quelques minutes en surplomb, ça suffit pour se rappeler qu’on a encore le droit de regarder ce qui nous tient.
