À la cité, on sait reconnaître un boubou. Pas parce qu’on en porte tous — parce qu’on sait ce que ça coûte de le sortir. Cette tenue-là, on la met pour les jours qui comptent. Pas pour traîner dans la fumée des poubelles.
Et pourtant il est là, debout, le bandage à la main, le gobelet dans l’autre, le feu qui crame derrière lui comme si la fête avait viré. Personne ne demande pourquoi la cité brûle ce soir. Personne ne demande pourquoi lui est là. On sait. On sait tous. Et on continue à passer.
Photographier ça, c’est dire ce qu’on évite de dire. Dans la ZUP, on apprend à être habillé d’où on vient et à marcher dans ce qu’on a laissé pourrir. Le boubou nous regarde. Il nous demande si on est encore dignes de ce qu’on porte. Personne ne répond.
